Rénovation urbaine : quelle justice sociale ?

Associées dans l’imaginaire collectif et dans l’esprit de nombreux commentateurs aux épisodes passés de rénovation de la seconde moitié du XIXe siècle ou des années 1960 en France, ou encore à la restructuration des centres urbains dans d’autres pays occidentaux, les politiques de rénovation urbaine sont entachées d’une réputation très négative : celle d’un processus conduisant à déplacer à l’extérieur des villes les habitants les plus pauvres par le jeu des démolitions de logements et à favoriser, en lien avec les logiques de marché immobilier, la gentrification des quartiers populaires par l’arrivée de groupes sociaux plus favorisés.

À l’inverse d’une certaine idée de la justice sociale, ces politiques de « démolition–reconstruction » de logements serviraient les intérêts d’acteurs privés dans le cadre d’interventions étatiques néolibérales (Marcuse 1985 ; Smith 2003). Contrairement aux intentions affichées par les pouvoirs publics en Europe, la « mixité sociale », objectif des rénovations contemporaines, ne produirait pas plus de « cohésion sociale » mais viendrait légitimer « une troisième forme de gentrification », source « d’injustice urbaine » (Lees 2013).

En France, 10 ans de rénovation urbaine n’ont pas vraiment « embourgeoisé » les quartiers d’habitat social concernés, dont la paupérisation se poursuit. Pour autant, entre 2003 et 2013, le relogement de 140 000 ménages et la reconstruction sur place de 10 % de logements neufs, essentiellement privés, ont bien produit du changement résidentiel et social.

Rénovation urbaine et trajectoires résidentielles : quelle justice sociale ?
par Christine Lelévrier, le 12/03/2018

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